Définition : concours de saisies
Le concours de saisies désigne la situation juridique dans laquelle plusieurs créanciers engagent des procédures d’exécution forcée sur un même bien appartenant à un débiteur commun.
Ce phénomène se produit généralement lorsque le patrimoine du débiteur est insuffisant pour satisfaire l’ensemble des dettes dues. Dans ce contexte, les différents créanciers entrent en concurrence afin d’obtenir le paiement prioritaire de leur créance par voie de réalisation forcée du bien saisi.
Le droit de l’exécution organise des règles pour encadrer ces situations conflictuelles, notamment en matière de priorités entre créanciers, de concours de mesures d’exécution et de règlement de l’actif disponible.
Cadre juridique applicable au concours de saisies
Dispositif légal
Le concours de saisies est principalement régi par le Code des procédures civiles d’exécution (CPC exéc.). Il existe également des renvois au Code civil, notamment en matière de droit des sûretés (hypothèque, privilèges, nantissements) pour déterminer l’ordre des créanciers.
Les dispositions pertinentes incluent notamment :
- Les articles L. 221-1 et suivants du CPC exéc. sur les saisies mobilières et immobilières
- Les articles L. 311-1 et suivants sur la saisie-vente et les saisies spéciales
- Les articles 2331 et suivants du Code civil sur l’organisation des privilèges et hypothèques
Juridictions compétentes
En cas de litige résultant du concours de saisies, la compétence est généralement attribuée au juge de l’exécution (JEX), en application de l’article L.213-6 du Code de l’organisation judiciaire. Ce magistrat spécialisé est compétent pour :
- Statuer sur la validité d’une mesure d’exécution
- Trancher les conflits de rang entre créanciers
- Ordonner les modalités de répartition du produit des saisies
Conditions de survenance d’un concours de saisies
Plusieurs éléments doivent être réunis pour que l’on parle véritablement de concours :
- Une pluralité de procédures d’exécution en cours
- Engagées par des créanciers différents
- Portant sur un même bien ou un même patrimoine du débiteur
Il peut s’agir de saisies pratiquées de façon quasi simultanée ou différée dans le temps, dès lors qu’elles produisent une incompatibilité au regard du bien à appréhender ou de son produit de liquidation.
Exemples pratiques
Un concours de saisies peut notamment survenir dans les cas suivants :
- Deux créanciers pratiquent une saisie-attribution sur le même compte bancaire
- Un créancier saisit un immeuble hypothéqué pendant qu’un autre entame une saisie immobilière sur le même bien
- Une saisie-vente est réalisée par un créancier alors qu’un autre a déjà inscrit une hypothèque judiciaire sur le bien en cause
Effets juridiques du concours de saisies
Impact sur les créanciers
Pour les créanciers, le concours implique une nécessité de faire valoir leurs droits selon les règles de priorité prévues par la loi. Il existe généralement une hiérarchie entre les créanciers déterminée par :
- La nature de la sûreté : certains créanciers bénéficient d’un privilège ou d’une hypothèque les rendant privilégiés
- La date des inscriptions de garanties réelles ou de la mesure d’exécution
- La date d’ancienneté de la créance dans certains cas de procédure collective
Les créanciers chirographaires, c’est-à-dire sans sûreté particulière, sont généralement servis en dernier, au prorata de leurs créances respectives, après paiement des créanciers privilégiés.
Rôle du juge et procédure de distribution du prix
Une fois le bien saisi réalisé (vente aux enchères, par exemple), une procédure de distribution du prix est engagée. Elle peut être amiable entre créanciers ou judiciaire.
Le juge de l’exécution peut être saisi d’une contestation sur les droits respectifs ou sur le plan de distribution. Il existe deux types de procédures possibles :
- Répartition amiable : les créanciers s’accordent sur la répartition du prix
- Répartition judiciaire : en l’absence d’accord, le juge établit un état de répartition
Interaction avec les procédures collectives
Lorsque le débiteur est soumis à une procédure de sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire, le concours de saisies est suspendu de plein droit. Les voies d’exécution individuelles sont alors paralysées au profit d’une gestion collective de la dette, sous contrôle judiciaire.
Cette suspension résulte notamment de l’article L.622-21 du Code de commerce :
Le jugement d’ouverture arrête ou interdit toute procédure d’exécution par les créanciers dont la créance est née antérieurement.
Moyens de prévention et de traitement
Inscription d’une sûreté
Pour éviter d’être relégué au statut de créancier chirographaire dans un concours de saisies, il est recommandé de prendre des garanties réelles ou personnelles telles que :
- Hypothèque conventionnelle ou judiciaire
- Nantissement
- Privilège du vendeur ou du prêteur de deniers
Déclaration de créance et surveillance du débiteur
Les créanciers doivent rester vigilants à l’égard de l’état de santé financière de leurs débiteurs. Cela passe par :
- La déclaration régulière de leurs créances en cas de procédure collective
- La mise en œuvre rapide d’actions en recouvrement si nécessaire
- La requête en saisie conservatoire pour éviter l’insolvabilité organisée
Conclusion
Le concours de saisies constitue une épreuve à la fois juridique et stratégique pour les créanciers souhaitant préserver ou faire valoir leur droit de gage sur le patrimoine d’un débiteur défaillant. Une parfaite connaissance des mécanismes d’exécution et des priorités légales est indispensable, qu’il s’agisse d’organiser une saisie, d’en contester la régularité, ou d’en tirer les bénéfices lors d’une répartition.
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