Définition : chaland
Le terme chaland est fréquemment utilisé dans le langage juridique, notamment en droit commercial. Il désigne principalement le client potentiel ou effectif d’un commerçant ou d’un professionnel.
Bien que cette notion puisse sembler informelle, elle revêt une réelle importance juridique, notamment dans les domaines relatifs à la concurrence déloyale, la protection du fonds de commerce et la responsabilité contractuelle.
La clientèle de passage
Dans le commerce de rue, le terme “chaland” désigne également la clientèle de passage, c’est-à-dire les personnes qui fréquentent un commerce en raison de son emplacement : rue passante, zone touristique, centre-ville animé, etc.
Cette clientèle n’est pas nécessairement fidèle, mais elle constitue un élément essentiel du fonds de commerce, distinct de la clientèle régulière.
En matière de cession de fonds ou de contentieux (notamment en cas de travaux publics, changement de circulation, ou obstruction du commerce), la perte de chalands liés à l’emplacement peut caractériser un préjudice indemnisable, dès lors qu’elle affecte l’attractivité et la valeur du fonds.
Le chaland dans le cadre du fonds de commerce
Un élément incorporel protégé
Dans la composition juridique du fonds de commerce, la clientèle joue un rôle central. Le terme « chaland » est souvent utilisé pour désigner les membres de la clientèle, qu’ils soient réguliers ou occasionnels. Juridiquement, il s’agit d’un élément incorporel du fonds.
Le chaland peut être appréhendé selon deux catégories :
- Clients actuels : clients réels d’un commerçant, constituant une clientèle effective.
- Les chalands potentiels : personnes susceptibles de devenir clients en raison d’une stratégie commerciale ciblée ou d’un effort de prospection spécifique.
Protection contre les actes de concurrence
La protection du chaland est particulièrement prégnante dans le cadre des actions fondées sur la concurrence déloyale. Exemple typique : un ancien employé qui détourne les chalands en usant de méthodes déloyales (démarchage agressif, dénigrement, confusion…).
Dans de telles hypothèses, le préjudice subi par l’entreprise peut faire l’objet d’une indemnisation, si la preuve du trouble commercial et du lien de causalité est rapportée.
Chaland et pratiques de concurrence déloyale
Détournement de clientèle
Une entreprise qui incite les chalands d’un concurrent à rompre leur relation commerciale de manière frauduleuse peut être poursuivie pour détournement de clientèle, relevant de la responsabilité délictuelle (article 1240 du Code civil).
Ce détournement peut découler de :
- L’utilisation de procédés trompeurs (imitation de marque, usurpation d’identité commerciale).
- La désorganisation du marché (débauchage massif ciblant les clients du concurrent).
- Un parasitisme économique visant à s’approprier sans cause légitime la valeur commerciale dégagée par les efforts du concurrent.
La jurisprudence reconnaît que le chaland ne saurait être considéré comme un “bien meuble” au sens du Code civil, mais constitue néanmoins un actif juridique protégé par le droit commercial.
Clause de non-concurrence et protection des chalands
Afin de préserver leur relation avec les chalands, les entreprises insèrent fréquemment des clauses de non-concurrence dans les contrats de travail ou dans les actes de cession de fonds de commerce. Ces clauses visent à interdire au contractant (ex-employé ou cédant) de capter, directement ou indirectement, la clientèle d’origine.
Pour être valable, la clause doit respecter trois critères essentiels :
- Limiter la durée et l’espace géographique de la restriction.
- Protéger un intérêt légitime (la fidélité des chalands, la stabilité de la clientèle).
- Prévoir une contrepartie financière dans le cas d’un contrat de travail.
Le chaland dans l’environnement numérique
Chaland numérique et droit des données
Les avancées technologiques ont transformé les méthodes de prospection des chalands. Les plateformes de commerce électronique recourent à des techniques de profilage et d’exploitation de données personnelles pour identifier les chalands potentiels. Dans ce contexte, le RGPD (Règlement général sur la protection des données) impose des obligations spécifiques aux entreprises traitant les données des clients potentiels.
Les chalands numériques (visiteurs de sites web, prospects issus de campagnes marketing) sont protégés contre la collecte abusive de leurs données. La notion de consentement éclairé doit être strictement respectée en matière de prospection commerciale.
Concurrence déloyale en ligne
Sur Internet, la captation de chalands peut s’opérer via des pratiques illicites telles que :
- Le typosquattage : achat de noms de domaine proches de ceux d’un concurrent pour détourner les chalands.
- Le référencement abusif sur les moteurs de recherche en utilisant des marques concurrentes comme mots-clés.
- La copie de contenus visant à induire les chalands en erreur sur l’identité ou la qualité du vendeur.
Toutes ces pratiques sont sanctionnées par les juridictions civiles sur le fondement de la concurrence déloyale ou du parasitisme commercial.
Conclusion
Bien qu’apparu dans le langage courant, le terme chaland revêt une dimension juridique indéniable. Il désigne un acteur clé de la relation commerciale, qu’il convient de protéger tant sur le plan contractuel que délictuel.
Face aux évolutions numériques et à la sophistication des pratiques concurrentielles, la vigilance juridique s’impose pour préserver la relation avec les chalands et assurer la pérennité du fonds de commerce.
Vous êtes dirigeant de TPE ou PME ? Profitez de notre abonnement juridique et bénéficiez d’un accompagnement personnalisé tout au long de l’année.


