Abus de majorité et abus de minorité : typologie des contentieux

par | 4 Sep, 2025 | Procédure

Dans la vie sociale d’une entreprise, les déséquilibres de pouvoir entre associés ou actionnaires peuvent générer des tensions et des contentieux sociétaires majeurs. Deux figures classiques de ces litiges sont l’abus de majorité et l’abus de minorité. Ces deux mécanismes traduisent une utilisation déloyale des droits sociaux dans le but de favoriser ou de bloquer une décision, au détriment de l’intérêt social.

Il est essentiel, pour tout dirigeant de TPE ou de PME, de bien cerner ces notions afin de prévenir les litiges internes et d’assurer une gouvernance équilibrée et conforme au droit des sociétés.

Définitions et principes

Qu’est-ce qu’un abus de majorité ?

L’abus de majorité est une situation dans laquelle les associés majoritaires votent une décision qui, bien que conforme en apparence aux règles de fonctionnement de la société (quorum et majorité), est contraire à l’intérêt social et prise dans le seul but de favoriser les intérêts personnels d’une ou plusieurs personnes.

Les conditions cumulatives pour qualifier une décision d’abusive sont :

  • Le respect formel des règles de majorité prévues par les statuts ou la loi
  • Un but contraire à l’intérêt social
  • Une prise de décision dans l’intérêt exclusif des associés majoritaires

Abus de minorité : définition

L’abus de minorité intervient lorsque des associés disposant d’une minorité de blocage empêchent délibérément l’adoption d’une décision essentielle pour la société, et ce uniquement dans leur intérêt propre, sans égard à l’intérêt social.

Il est caractérisé lorsque :

  • La décision bloquée était nécessaire au bon fonctionnement de la société
  • Le refus est dicté par l’intérêt strict de la minorité et non par des motifs légitimes

Typologie des litiges relatifs aux abus de majorité

Distribution inéquitable des dividendes

Dans certains cas, les majoritaires refusent systématiquement la distribution de dividendes afin de limiter les gains des minoritaires. Cela peut constituer un abus de majorité si l’entreprise réalise des bénéfices substantiels et que le refus n’est pas justifié par un besoin réel de réinvestissement ou de précaution financière.

Fixation injustifiée de rémunérations ou d’avantages

Lorsque les dirigeants majoritaires s’accordent des rémunérations excessives ou profitent d’avantages sans que cela ne soit justifié par leur contribution ou les pratiques de marché, les minoritaires peuvent engager une action fondée sur l’abus de majorité.

Modification statutaire défavorable aux minoritaires

Une décision visant à évincer ou à limiter le pouvoir des associés minoritaires sans justification liée à l’intérêt social risque d’être jugée abusive si elle modifie les statuts à leur détriment.

Typologie des contentieux liés à l’abus de minorité

Blocage de décisions essentielles

Par exemple, le refus de voter une augmentation de capital nécessaire au financement de la société peut relever de l’abus de minorité, surtout si ce blocage compromet gravement l’avenir économique de l’entreprise.

Opposition injustifiée au changement de gouvernance

Lorsque la minorité s’oppose de manière systématique au remplacement d’un dirigeant inefficace ou en conflit d’intérêts, cela peut être interprété comme un comportement contraire à l’intérêt social global.

Sanctions juridiques et réparations

Sanction des abus de majorité

Les décisions prises dans un cadre d’abus de majorité peuvent être annulées en justice. Par ailleurs, les associés lésés peuvent obtenir des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi.

Sanction des abus de minorité

L’abus de minorité peut donner lieu à la désignation d’un mandataire ad hoc par le tribunal pour voter à la place de la minorité obstructive. Des dommages et intérêts peuvent également être accordés si le préjudice est établi.

Prévention et bonnes pratiques

Pour prévenir les situations d’abus de majorité ou d’abus de minorité, plusieurs stratégies sont recommandées :

  • Insérer des clauses spécifiques dans les statuts sur les règles de vote et les droits particuliers
  • Mettre en place un pacte d’associés définissant les engagements extra-statutaires
  • Recourir à des solutions de médiation ou de désignation d’un expert en cas de désaccord

Une gouvernance transparente et équilibrée est le meilleur rempart contre les dérives de pouvoir au sein des sociétés.

Conclusion

Les notions d’abus de majorité et d’abus de minorité traduisent l’importance du juste équilibre entre droits et responsabilités des associés. Elles relèvent d’un contentieux spécifique du droit des sociétés où l’intérêt social demeure la boussole de toutes les décisions. Les chefs d’entreprise doivent être particulièrement vigilants pour prévenir ces conflits, souvent coûteux en temps et en ressources, et s’entourer de conseils juridiques pour garantir la conformité de leur gouvernance.

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