Dans le cycle de vie d’une société, le rachat de parts sociales constitue une opération stratégique. Qu’il s’agisse d’une vente amiable entre associés, d’une cession à un tiers ou de la sortie forcée d’un associé, l’évaluation des parts sociales revêt une importance capitale. Elle est souvent à l’origine de litiges entre parties, déclenchant ainsi un véritable contentieux juridique. Cet article a pour objectif de présenter les principales problématiques liées à cette évaluation et les modes de résolution envisageables.
Cadre juridique de l’évaluation des parts sociales
Les principes applicables en droit des sociétés
En matière de sociétés civiles et commerciales (notamment les SARL, SCI ou SAS), la cession de parts sociales implique généralement une valorisation qui doit refléter équitablement la valeur patrimoniale et économique de la société. Cette valeur n’est pas toujours expressément stipulée dans les statuts, ce qui laisse place à des interprétations divergentes.
Le Code civil et, plus spécifiquement, le Code de commerce (articles L.223-14 pour les SARL ou L.227-16 pour les SAS) régissent certaines modalités de cession, ainsi que le mécanisme de retrait ou d’exclusion d’un associé, mais sans imposer une méthode unique d’évaluation des parts sociales.
Importance de la clause d’évaluation dans les statuts ou pactes d’associés
Une clause d’évaluation insérée dans les statuts ou dans un pacte d’associés permet d’anticiper un éventuel litige en déterminant à l’avance la méthode d’évaluation (valeur comptable, valeur de marché, multiple de l’EBE, etc.).
Cependant, en l’absence d’une telle clause ou lorsque celle-ci est mal rédigée ou incomplète, le risque de divergence entre les parties augmente significativement.
Origines des contentieux liés à l’évaluation
Les désaccords sur la méthode de valorisation
Les problèmes surviennent le plus souvent sur le choix de la méthode d’évaluation :
- Évaluation par comparaison (méthode des multiples ou transactionnelle)
- Évaluation patrimoniale (valeur nette comptable corrigée)
- Évaluation financière (actualisation des flux de trésorerie futurs, DCF)
Chaque méthode donne des résultats différents, avec des écarts parfois significatifs pouvant nourrir un litige lors du rachat.
Suspicion de déséquilibre ou de manœuvre
Il arrive que l’un des associés conteste une valorisation jugée arbitraire ou manifestement désavantageuse. Cela peut relever d’une forme d’abus de majorité, notamment si la décision de rachat a été imposée sans dialogue ou sans recours à un expert.
Intervention de l’expert en cas de désaccord
Le recours prévu à l’article 1843-4 du Code civil
En cas de désaccord sur la valeur de cession, notamment lorsque l’évaluation n’a pas été convenue ou en application du droit de se retirer d’une société, une solution judiciaire existe : la désignation par le président du tribunal (sur requête) d’un expert indépendant chargé de déterminer la valeur des parts conformément à l’article 1843-4 du Code civil.
Cette procédure, bien que fiable, présente plusieurs inconvénients pour les dirigeants de TPE/PME :
- Coûts élevés de l’expertise judiciaire
- Délais parfois incompatibles avec les impératifs économiques
- Impossibilité pour les parties d’imposer une méthode d’évaluation à l’expert
Force exécutoire de l’évaluation rendue par l’expert
La jurisprudence confirme que la valeur fixée par l’expert s’impose aux parties. Ce principe vise à garantir la neutralité et éviter les contestations a posteriori, sauf erreur manifeste ou violation des droits de la défense.
Prévenir les contentieux : bonnes pratiques
Anticiper dès la rédaction des statuts
Pour éviter qu’un désaccord n’évolue en contentieux associé à une rupture de confiance, les dirigeants ont tout intérêt à insérer dans les statuts ou pactes d’associés :
- Une clause claire sur les modalités d’évaluation des parts
- Des méthodes objectives et adaptées au secteur concerné
- La faculté pour un tiers de confiance (expert-comptable, avocat) de jouer un rôle de médiateur
Favoriser la médiation ou la clause compromissoire
Avant d’aller en justice ou de saisir le tribunal pour désigner un expert, les chefs d’entreprise peuvent inclure une clause compromissoire ou de médiation dans les statuts. Cela permet de :
- Résoudre les conflits à l’amiable
- Réduire les coûts liés au contentieux
- Maintenir les relations commerciales ou familiales (dans le cadre d’une SCI notamment)
Conclusion
Le contentieux lié à l’évaluation des parts sociales lors d’un rachat constitue un sujet très fréquent dans la vie des entreprises, notamment des TPE/PME où les associés jouent un rôle personnel et actif. La meilleure arme contre ces litiges reste l’anticipation : une documentation rigoureuse, des clauses contractuelles bien rédigées et un accompagnement juridique permettent de sécuriser ces opérations sensibles.
Dès lors, il est essentiel pour un dirigeant de s’entourer de professionnels du droit capables de définir en amont une stratégie solide, tant sur le plan juridique que comptable.
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