Compensation

Définition des termes juridiques : EA Exprime Avocat

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Définition : compensation

La compensation est un mécanisme juridique permettant l’extinction réciproque d’obligations entre deux personnes, dans la limite de la plus faible d’entre elles. Prévu aux articles 1347 à 1348-2 du Code civil, ce procédé évite un double paiement en neutralisant les dettes croisées, à condition que certaines conditions soient remplies.

La compensation opère en tant que mode d’extinction des obligations, au même titre que le paiement, la remise de dette, la confusion ou encore la novation. Elle engendre, dans certaines situations, des effets juridiques importants, tant en matière civile que commerciale.

Fondements légaux

Le régime actuel de la compensation trouve son origine dans l’ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 réformant le droit des obligations, codifié principalement aux :

  • Article 1347 du Code civil : énonce les conditions générales de la compensation légale
  • Article 1347-1 : précise les effets de la compensation ;
  • Articles 1348 à 1348-2 : traitent des autres formes de compensation (conventionnelle, judiciaire).

Les différentes formes de compensation

Le Code civil distingue plusieurs types de compensation, en fonction de leurs modalités de mise en œuvre :

La compensation légale

La compensation légale s’opère de plein droit dès que les conditions de l’article 1347 du Code civil sont réunies. Il n’est pas nécessaire qu’une des parties la demande expressément. Les conditions sont :

  • Existence de deux obligations réciproques entre les mêmes personnes ;
  • Caractère certain, liquide et exigible de ces obligations ;
  • Absence d’obstacle juridique (opposition à paiement, modalité, inexécution antérieure, etc.).

Elle produit effet au jour où les conditions sont réunies, sans intervention judiciaire, avec comme conséquence l’extinction à due concurrence des obligations réciproques.

La compensation judiciaire

La compensation judiciaire intervient lorsqu’une des conditions de la compensation légale fait défaut, et qu’une des parties sollicite le juge pour compenser les dettes. Elle est soumise à l’appréciation du juge et repose sur une dette certaine, même si elle n’est pas encore liquide.

Elle est fréquemment utilisée dans le cadre de procédures civiles ou commerciales, notamment pour juguler des déséquilibres contractuels excessifs ou organiser des compensations équitables.

La compensation conventionnelle

La compensation conventionnelle résulte d’un accord exprès entre les parties, indépendamment du respect des conditions de la compensation légale. Elle donne une large liberté contractuelle aux cocontractants, qui peuvent convenir :

  • Des modalités de mise en œuvre ;
  • Des échéances et conditions éventuelles ;
  • Des dérogations aux conditions légales (exigibilité, liquidité, etc.).

Elle est courante dans les relations interentreprises pour faciliter une gestion souple de trésorerie et éviter des flux financiers inutiles.

Effets juridiques de la compensation

Extinction partielle ou totale de l’obligation

La compensation a pour principal effet d’éteindre les dettes réciproques à hauteur de la plus faible. Si les dettes sont égales, elles s’annulent automatiquement, sans nécessité de paiement effectif.

Dans l’hypothèse d’une dette supérieure, la partie excédentaire demeure exigible après compensation.

Effet rétroactif pour la compensation légale

La compensation légale, bien qu’automatique, produit ses effets au jour de sa réunion, avec un caractère rétroactif. Cet effet est juridiquement significatif, notamment si des procédures collectives ou des conversions de dettes interviennent postérieurement.

Compensation et procédure collective

La compensation obéit à des règles spécifiques lorsqu’une des parties est en procédure de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire. Le principe d’arrêt des poursuites individuelles limite l’application automatique de la compensation contre une entreprise débitrice en procédure collective.

Cependant, si les conditions de la compensation légale étaient réunies avant le jugement d’ouverture, celle-ci est admise. La jurisprudence exige une attention particulière sur la date d’exigibilité des créances invoquées.

Cas pratiques de mise en œuvre de la compensation

Compensation dans les relations commerciales

Dans la vie des affaires, la compensation est souvent utilisée entre fournisseurs et clients lorsque des prestations de nature réciproque existent. Elle évite le recours à des paiements croisés.

Exemple : Une société A doit 10 000 € à une société B pour une prestation de services, or B doit également 6 000 € à A pour la fourniture d’équipements. Par compensation, A ne devra plus que 4 000 € à B.

Clauses de compensation dans les contrats

Les contrats commerciaux ou de prêt sont fréquemment assortis de clauses de compensation conventionnelle, permettant aux parties d’anticiper contractuellement les effets de la compensation, y compris en cas de succession ou de nantissement.

Certaines clauses imposent une interdiction de compensation qu’il convient de respecter, sauf disposition contraire expresse.

Distinction de la compensation avec d’autres mécanismes

La compensation se distingue de :

  • La remise de dette, qui suppose un consentement exprès du créancier d’abandonner sa créance ;
  • La confusion, qui survient lorsque créancier et débiteur deviennent une seule et même personne ;
  • La novation, qui éteint une obligation par la création d’une nouvelle.

Conclusion

La compensation constitue un outil fondamental du droit des obligations, permettant d’éviter des flux financiers superflus et d’assurer une exécution équilibrée des engagements. Son usage doit toutefois respecter les exigences du droit civil, et être manié avec prudence notamment en situation de litige ou de procédure collective. Une analyse rigoureuse des créances et des conditions légales est indispensable.

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